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Les belles petites voitures des vacances populaires sur les nombreux campings de l'époque



Renault 4CV, la première voiture populaire produite en grande série en France. C’était un autre temps, celui des grandes migrations estivales vers des campings ou des meublés touristiques à Antibes Juan-les-Pins, des vacances pour tous pour passer du bon temps en famille ou entre amis. L'été 1936 a marqué un tournant dans la société française avec la mise en œuvre des congés payés. Les grandes vacances venaient d'être créées. L'acte déclencheur a été la victoire du Front Populaire aux législatives du 3 mai 1936 , après de luttes de plus de deux millions de travailleurs, des grèves et occupations d'usines pour obtenir de meilleures conditions de travail.


Si les vacances s'ouvrent à tous, manque de moyens, les premières années on prends encore vélos et tandems pour s'échapper. Mais peu à peu l'automobile ne sera plus un luxe, uniquement à la portée des classes les plus riches. Fin des années 40 du dernier siècle La France se motorise.



Boulevard Charles Guillaumont à Juan-les-Pins


Le Pam Pam à Juan-les-Pins

S’entassant souvent dans des voitures exiguës, on empreint maintenant la mythique RN 7 derrièrs le volant. La Route Nationale 7, célébrée par Charles Trenet dans une chanson de 1955, devient LA route des vacances et du soleil... mais aussi celle des embouteillages, des pannes, des querelles et des accidents ! Commerces, garages, hôtels et restaurants fleurissent le long de son tracé, pour accommoder les vacanciers, parti de Paris pour la Côte d’Azur. Peu de gens le savent, mais sous le Premier Empire, en 1811, à une époque ou Nice n'a pas encore été rattaché à la France, un décret de Napoléon Bonaparte introduit la numérotation des routes, et la voie Paris-Antibes devient la Numéro 7.

Catalogue de la "Motte de Beurre"

Le lancement de la Renault 4CV, la première voiture populaire produite en grande série en France devient rapidement l’un des symboles des congés payés et des grandes vacances. "La motte de beurre", comme on l'appelait, a à l'époque dominé le marché, loin devant la "Deuche", du à la pénurie d’acier qui a posé des problèmes d’approvisionnement aux chaînes de fabrication de Citroën, l'état favorisait la Régie Nationale.



Une belle Renault 4CV parfaitement restaurée












Citroën 2CV et Citroën Dyane, aujourd'hui des voitures cultes








Caractérisé par la démocratisation de la voiture et le développement des campings, cette époque a été marqué par trois changements un peu ignorés :






Renault 4CV facon camping car




Les voitures étaient petits, alors on part en petit famille, les enfants, maman et papa tout fier au volant. Tant pis, s'il n'y avait plus de place pour la belle-mère, à partir de maintenant on allait ailleurs que dans sa famille.










Autre changement majeur avec des vacances en bord de mer, il faut désormais être bronzé, le signe extérieur, la preuve d'avoir passé des superbes vacances. En fait à l'époque on ne disait pas bronzé, mais "hâlé".

Plage de la Salis à Antibes


Antibes, le Logis de la Brague


Flic ou voyou avec Belmondo, lieu de tournage Camp du Pylone



Camping "Pont du Lys" à Juan-les-Pins

#Renault4CV #Citroën2CV  #CampingAntibes  #CampingCotedAzur
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Cap d’Antibes : Fiat Eden Roc, la spiaggina pour deux milliardaires

Au milieu des années 1950 la voiture de plage, spiaggina en italien, est avant tout une invention de nos amis transalpins. C’est un véritable gadget de luxe pour les « happy few », construite sur une base d’auto populaire, dont la première sur le châssis monté d’une caisse modifiée de Fiat Topolino en version fourgonnette. Mais courir derrière cette mode, tuer le temps en roulant dans une toute petite Fiat sans toit et avec des sièges en osier n’amuse pas vraiment le gratin de la société, du moins pas pour longtemps. On revient aussi insatisfait qu’on est parti. Ainsi le patron de Fiat, Gianni Agnelli, créa l’Eden-Roc, en associant le nom de sa voiture de plage à un de plus beaux palaces du monde, l’Hôtel du Cap avec son pavillon nommé Eden-Roc à flanc de rochers, surplombant la mer, au bord de la route qui mène de la presqu’ile d’Antibes aux plages de Juan-les-Pins. Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… C’est tellement vrai. D’après les archives Pininfarinia, seuls deux exemplaires ont été assemblés, pour seulement deux hommes : Gianni Agnelli lui-même, et son ami américain, l’important magnat du pétrole William Doheny.


Voici ce qu'on lit dans cet article :

L’histoire des voitures de plage

On vous dit pourquoi le patron de Fiat a associe le nom de sa voiture de plage à l’Hôtel du Cap avec son pavillon nommé Eden-Roc

Gianni Agnelli sur la Côte d’Azur

Est-ce vrai que la base de l’Eden-Roc était une simple 600 Multipla ?

Peut-on reconstruire une réplique de l’Eden-Roc ?

On vous explique pourquoi la seule Fiat 600 Multipla en Tchécoslovaquie était de la famille de l’auteur de l’article

et plein d’autres choses….


Les voitures de plage ont été inventées dans les années 1950, ce sont des voitures populaires transformées pour profiter pleinement de l’été, du grand air et du beau temps. Il ne s’agit pas de simples cabriolets encore polyvalents, au contraire elles roulent peu et elles servent surtout dans les stations balnéaires de renom, de la Côte d’Azur et de la Riviera italienne, pour se rendre de sa somptueuse villa à une plage isolée ou de son yacht à un restaurant prestigieux. Et sur le chemin, on est juste assis sur un siège en osier, la carrosserie autour a tout simplement disparu.

Le mythique Hôtel du Cap-Eden-Roc sur le Cap d'Antibes

La toute première voiture de plage est une Fiat de 1954, construite sur la base de la version fourgonnette de la Topolino, la Belvedere. Elle porte le nom « Mare » et elle est beaucoup moins connue que son successeur, la Ghia Jolly.

 La première voiture de plage, la Fiat Mare, fabriquée sur base de la Fiat Belvedere,
 en fait une simple Topolino en version fourgonette

La Jolly a été dévoilée sur le stand de l'un des principaux constructeurs et carrossiers automobiles d'Italie, la Carrozzeria Ghia au Salon de Turin en 1957. En deux versions, sur la base de la Fiat 500 pour l’une et un peu plus puissante avec comme base la Fiat 600 pour l’autre, la Jolly conserve l’avant et l’arrière du modèle original, pour devenir une automobile ludique, mais en même temps relativement économique.

Luigi Serge et Wilhelm Karmann avec une superbe Volkswagen Karmann Ghia 1200,
Monsieur Philippe, le chef voiturier de l'Hôtel du Cap
et le Prince Albert dans la spiaggina de sa mère Grace Kelly

A l’origine de la conception de cette voiture, on trouve Luigi Segre, le designer automobile italien que les collègues appelaient inconsciemment "Gigi", comme s’il n’était pas un personnage complexe, réputé pour son sens aigu des affaires et de l'ingénierie. En visant en première ligne la clientèle des hôtels de luxe, Gigi Segre a encore gagné un pari, avec une production à environ 13oo Ghia  Jolly, de 1957 jusqu’au milieu des années soixante. Et en plus, il a profité d’une très large couverture dans les médias, notamment les magazines glamour qui ont publié d’innombrables photos de cette voiture avec la famille princière de Monaco, Jackie Kennedy, Winston Churchill, Yul Brynner ou le président américain Lyndon Johnson.

Une large couverture dans les médias :
la première Eden-Roc et la superbe Jolly de la famille princière de Monaco

On peut dire que toutes les spiaggina sont des bébés Agnelli. Ce dernier s’est réservé les toutes premières « Mare » en 1954, une pour son usage personnel et la seconde pour son ami, l’armateur grec Aristote Onassis. Mais le grand maître incontesté et incontestable de la Fabbrica Italiana Automobili Torino n’a pas été vraiment satisfait de se déplacer dans cette toute petite dérivée de la Topolino avec sa famille ou des invités. A l’époque, le patron de Fiat était le propriétaire de la Villa Leopolda, l’ancienne demeure du roi Léopold II de Belgique à Villefranche-sur-Mer. Pour déplacer ses invités dans son parc de plusieurs hectares et les conduire à sa plage privée, Agnelli a consulté Pininfarina pour développer le projet d’une Fiat 600 Mutilpla en version voiture de plage, à la fois hyperluxueuse, élégante et pratique. Ainsi naquit la Fiat 600 Multipla Eden Roc. Elle fut présentée au salon de Paris 1956.

Dans l'ésprit French Riviera : l'Eden Roc de William Doheny en Californie

L’Eden-Roc fut finalement construite par Ghia, en seulement deux exemplaires fantaisistes, une pour le jet-setteur Gianni Agnelli en personne, l’autre pour William Doheny, le PDG du géant américain Union Oil, qui l’utilisait personnellement sur sa vaste propriété en bord du Lake Arrowhead en Californie. La voiture est toujours entre les mains des Dohery, c’est aujourd’hui le joyau de son petit-fils.

Les Agnelli sur la Côte d'Azur, Gianni au volant d'une Fiat 130
et complètement decomplexé sur son yacht

Gianni Agnelli avait un gout extraordinaire pour les voitures improbables, et il n’hésitait jamais à se faire plaisir. Pour les sports d'hiver il s’est fait fabriquer une Fiat 130 Familiare Woody avec bac porte skis en osier, et pour aller chasser un Shooting Brake Maremme à deux portes, peint en couleur or, toujours sur la base de la 130. Mais la préférée au quotidien était une plutôt modeste Fiat 125 S bleu métallique avec un moteur amélioré de 100 ch et à une boîte de vitesses automatique, qui était plutôt rare pour son époque. Sa favorite pour frimer sur la Côte était la 600 Multipla Eden Roc.

La Fiat 600 Multipla, révolutionnaire pour son époque

Difficile de s’imaginer que la base de l’Eden-Roc était une simple 600 Multipla, la voiture préférée des taxis italiens qui l’utiliseront longtemps, jusqu’aux années 70. Encore enfant dans les années 60, j’ai bien connu la 600 Multipla. Mon père on a acheté une d’occasion à Munich, pour l’offrir à son cousin tchèque à Pilsen. C’était dans l’esprit du Printemps de Prague qui s’annoncait déjà quand en juin 1966, le treizième congrès du parti communiste a donné son feu vert au nouveau programme appelé « Nouveau modèle économique » pour la Tchécoslovaquie. Sans comprendre à quel point la 600 Multipla était aussi révolutionnaire pour l'époque, j’ai trouvé la voiture horrible, mais – comme mon père me l’a expliqué – elle était à un prix abordable, il n’y avait pas meilleur choix.  En plus, on trouvait des pièces mécaniques de la Fiat 600 partout, même pendant la guerre froide derrière le rideau de fer. Il y avait une production sous licence de la petite 600 deux portes chez Zastava à Kragujevac en Yougoslavie qui fournissait les pays de l’est.

Dans l’esprit du Printemps de Prague, l'unique Multipla 600 de la Bohème,
à droite une Fiat - Zastava 600 immatriculée en Tchékoslovakie

En effet, la 600 Multipla a repris la mécanique de cette berline de 633 cm3 développant 21 ch, autorisant une vitesse maximale de 90 km/h pour une consommation de 6,7 litres aux 100 km. Notre famille de Pilsen a été évidemment contente d’avoir enfin sa propre voiture, mais leurs sentiments étaient un peu mitigés, quand-même. Sans le dire directement à mon père, on murmurait qu’elle était à la fois la seule Fiat 600 Multipla en Tchécoslovaquie et pour cause, car - en même temps – elle était la voiture la plus laide du pays. Elle a été vendue quelques années plus tard, et j’espère que l’acquéreur l’a bien gardée car des exemplaires restaurés valent aujourd’hui des dizaines de milliers d’euros. La Multipla profite du renom extraordinaire d’être – et ce pas uniquement pour les historiens de l’automobile - la première voiture de série à s'essayer au concept du monospace. La Fiat 600 Multipla était une véritable familiale, puisque six personnes y trouvent place sur trois rangées de sièges. Les places avant sont très avancées grâce à la position arrière du moteur. Pour en faire une noble Eden-Roc il fallait changer l'esthétique de A à Z, tout d’abord en coupant le toit, en installant un pare-brise court et en supprimant les portes. Les deux rangées de sièges arrière ont été remplacés par un élégant banc semi-circulaire en acajou comme on le connait des bateaux Riva, l’engin préféré des playboys pour faire du ski nautique.

La Fiat 600 Multipla Eden-Roc
et le break Fiat 130 Familiare Woody avec bac porte skis en osier

Après la création de l’Eden-Roc, Gianni Agnelli a été aussi l’initiateur de la Jolly pour pouvoir emporter sa propre voiture de plage sur son yacht. L’Eden-Roc était trop grande et trop lourde… Sans trop se gêner, d’autres constructeurs se sont inspirés de cette petite voiture à succès de Ghia nommée Jolly : D’abord Autobianchi en 1962 avec la Bianchina et plus tard, encore une fois, la Fabbrica Italiana Automobili Torino avec la Shelette. Elle était plus moderne, fabriquée sur base de la Fiat 850, avec un châssis raccourci de 22 centimètres et le parebrise du coupé 850 Sport.

Habitué des eaux de la Côte d'Azur, le super voilier A, propriété du milliardaire russe Andreï Melnitchenko, qui a fait construire la villa Altaïr au Cap d'Antibes. Le super yacht a été dessiné par Philippe Starck. Depuis fin 2022 elle est au cœur d'une vive polémique : Lors de sa construction par le chantier naval de Nobiskrug à Kiel dans le nord d’Allemagne, l'oligarque russe, sanctionné par l'Union européenne, aurait bénéficié d'une subvention de près de 3 millions d'euros accordée par le Trésor allemand.

C’était d’ailleurs la création d’un autre génie parmi les grands carrozzieri italini, Giovanni Michelotti, en collaboration avec le designer Philippe Starck, le concepteur de Yacht, dont la fameuse « A » enflamme toujours les esprits des Antibois.

 Gianni Agnelli sur son  yacht et dans sa voiture de plage à Antibes

D’autres constructeurs, notamment britanniques et français, ont également surfé sur la vague spiaggina, dont les plus grands succès commerciaux ont été la Mini Moke en 1964 et la Citroën Mehari en 1968, tous les deux jusqu’à nos jours des icônes branchées de Saint-Tropez à San Remo. Côté Renault les débuts en 1961 ont été plutôt médiocres. Sur la base de la 4CV, une voiture de plage a été également réalisée par Ghia, mais seulement 50 exemplaires ont été construits et essentiellement vendus aux Etats-Unis. Il fallait attendre la 4l Plein-air et d’autres Rodéos, ainsi que la Supercinq Belle-Île, pour atteindre des résultats de vente respectables.

Sièges en osier et une belle réplique de la Jolly en bleu

Les collectionneurs constatent aujourd’hui que même les Fiat Jolly se font très rares. Du fait de leur fabrication artisanale et de l'air marin auquel elles ont été exposées toute l’année, la majorité de ces voitures ont été rongées par la corrosion. Mais il existe des courageux qui ont fabriqués des réplicas sur la base d’une simple Fiat 500 ou 600 des années 1950 à 1970. Chez nos amis transalpins, on peut encore trouver des exemplaires à restaurer pour des prix abordables. Et même pour fabriquer des élégants sièges en osier, insensibles à l’humidité des maillots de bain et au sable, il y a quelques rares experts, notamment dans le Midi de la France le vannier Daniel Benibghi à Vallabrègues qui a son atelier juste à côté du Musée de la Vannerie. Ayant déjà travaillé pour les plus grands comme Pierre Cardin, il est en plus un très bon mécano.

Le vannier Daniel Benibghi à Vallabrègues,
non loin des Baux et de St-Rémy avec une de ses motos BMW.
Il est le spécialiste de la pièce en osier, pas seulement pour la restauration des voitures de collection.
Il a déjà réalisé des nombreuses créations sur mesure,
aussi pour les plus grands créateurs de la mode, dont Pierre Cardin (www.vannerie-oseraie.com)

Par contre acheter une véritable Multipla Eden-Roc s’avère être une mission impossible, car l’une se trouve dans le musée Fiat à Turin et l’autre dans une collection privée aux Etats-Unis. Le mystère persiste, certaines rumeurs ne prétendaient-elles pas à l’époque qu’un troisième exemplaire fut commandé par Henry Ford pour équiper son yacht ?

 Les parebrises de la Simca 1200 S Coupé ou de la Fiat 1100 Spider, that is the question...

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, on pourrait peut-être envisager d’en fabriquer une réplique. Difficile à trouver, mais en Italie on peut toujours dénicher des exemplaires d’ancien taxis ou familiales Multipla 600, certes à restaurer entièrement, mais à moins de 10.ooo €. Par contre le parebrise reste introuvable. S’il fallait à tout prix, j’en laisserai fabriquer un d’après le modèle de la Simca 1200 S Coupé de l’époque, ou éventuellement de la Fiat 1100 Spider. Sinon l’intérieur en acajou et cuir blanc ne devrait pas être trop compliqué à réaliser, du moins si l’on choisit bien un équipementier de yachts classiques qu’on trouve toujours au Port Vauban. Et en ce qui concerne la caisse, il faut avant tout une bonne disqueuse et énormément de patience. Oui, l’Eden-Roc fait toujours rêver…

#Antibes  #Fiat  #EdenRoc  #HotelduCap  #Multipla600  #FiatEdenRoc  #MultiplaEdenRoc

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Antibes : Méhari burning

Une nuit d’été, un pyromane, deux voitures de plage en feu, pas de témoins… En bref, on dirait un crime parfait. Il ne manquait que ça pour que la psychose s’installe d’un coup sur la Côte d’Azur. Bien sûr, la police a immédiatement pensé au fameux pyromane de Paris qui - durant une période de deux mois il y a quelques années - a mis le feu à toutes les Citroën Méhari de la capitale. D’ailleurs, ce malfaiteur n’a jamais été ni identifié, ni arrêté, malgré l’intervention de quelques futurs superflics qui n’ont pas pu empêcher qu’il y eût plusieurs victimes dont un mort d’asphyxie. Et si ce n’était pas par hasard que tout a recommencé dans cette belle ville des Alpes-Maritimes qui héberge Marineland ? L’histoire est digne d’un polar, c’est comme un film de Chabrol, plein de mystères, une histoire sans fin mais aussi un voyage dans les années 70.


Voici ce qu'on lit dans cet article :

L’histoire de la Citroën Méhari

Le grand mystère : qui est le pyromane isolé des Méhari

L’échec des superflics des années 70

Les copies de la Méhari dans le monde entier

La Méhari es le fondateur de Marineland à Antibes

Les vraies énigmes dans l’affaire des Méhari incendiée

et plein d’autres choses….


Nous sommes à Antibes, une soirée de fin du mois d’août. C’est l’année 1977. Cette même année, la dernière exécution à la guillotine a eu lieu en France, l’ONU a instauré la « Journée Internationale de la Femme », l'émission culte « Les grosses têtes », animée par Philippe Bouvard a débuté sur RTL et le « Roi du Rock’n Roll » Elvis Presley est décédé. La foule très nombreuse de touristes vient de quitter leur chambre d’hôtel ou de faire ses bagages sur le camping du « Pylône » dans le quartier de la Brague pour rentrer vers Paris, Londres, Genève et Milan. Seuls quelques habitués sont restés. Subitement, on compte moins d’embouteillages en descendant le boulevard Albert 1er vers la plage de la Salis dont le banc de sable de plusieurs centaines de mètres de long est visiblement moins bondé qu’il y a quelques jours encore. La météo s’affiche plus clémente avec toujours de très belles journées ensoleillées. On dirait qu’Antibes est devenu un havre de paix, le paradis du farniente.


Plaque garage Citroën Antibes, Plage de la Salis, Camping du quartier de la Brague

Mais dans un intervalle de seulement quelques minutes nocturnes tout est bouleversé : une première Citroën Méhari a brulé à Antibes, dans l’avenue Gambetta, au n° 11, devant cette belle demeure à deux étages qui existe toujours avec son jardin donnant sur l’angle de l’avenue Tourre. Peu après, une deuxième voiture brule au Boulevard Wilson.

Moteur d'une Méhari restaurée, moteur d'une Méhari incendiée

Le lendemain, partout dans la ville, au port, dans les ruelles en bas du marché, tout le monde ne parle plus que de ces incendies. On en parle évidemment aussi dans les bureaux du maire Pierre Merli, l’italien d’Arezzo en Toscane devenu un homme important, marié à Adry Bambini, née à Pérouse, à seulement quelques kilomètres d’Arezzo. Pourtant il l’a connue à Antibes, où ce résistant recherché s’est caché chez les parents d’Adry, les fabricants de pâtes de la rue James Close.

François Mitterrand et Pierre Merli à Antibes en 1987, Mitterrand au volant d'une Méhari

Il a été surtout un très proche de François Mitterrand, ce dernier a même passé son voyage de noces avec Danielle chez les Merli sur la Côte d’Azur. Pierre Merli a été aussi un grand amateur des voitures au double chevron, même s’il a finalement changé pour une Mercedes. Pierre Merli ne doutait pas souvent, mais parfois, en des circonstances si graves… De l’inquiétude s’installait aussi dans les vastes hangars du garage de Blanche et Armand Escalier, les dirigeants de la concession Citroën située au nord de la cité des Remparts depuis le début des années 1960…

Avenue Gambetta à Antibes : une première Citroën Méhari au niveau du n° 11

Mettre le feu à toutes les Citroën Méhari de Paris

Tout avait commencé en hiver 1973 à Paris, entré Noël et le Nouvel An, le 27 décembre exactement. C’était dans le 13ème arrondissement, du moins selon les premières informations. Ainsi, cinq ans après son lancement, la Citroën Méhari a de nouveau fait les grands titres de l’actualité, mais pas comme d’habitude dans les pages de « L’ Automobile Magazine » ou de « L’ Auto-Journal », mais dans la rubrique faits divers de tous les quotidiens et émissions radio ou télé, pas seulement parisiens mais aussi provinciaux. Une voiture a été incendiée, une seconde, puis une troisième, une dizaine, une cinquantaine… Les feux se succèdent à un rythme infernal. Les policiers Parisiens s’étonnent que l’incendiaire ne s’attaque qu’aux voitures de plage de marque Citroën, et placent des patrouilles de policiers supplémentaires dans la capitale, chaque nuit plusieurs dizaines de policiers. Au total 150 agents sont mobilisés… mais l’enquête patine. Ils arrivent toujours trop tard sur les lieux, les riverains n’ont rien vu et le pyromane qui ne laisse pas de traces reste introuvable. La psychose s’installe chez les conducteurs de Méhari. Sur les ondes de France Inter une propriétaire de ce modèle se plaint de ne plus dormir la nuit, tellement elle aurait peur qu’on mette le feu à sa petite voiture, et Patrick Poivre d’Arvor interroge même un psychiatre pour dresser un portrait psychologique de l’incendiaire.

La Méhari dans la presse spécialisée et l'edition de livres

Le 9 février 1974, une Méhari garée dans un garage, toujours dans le 13ème arrondissement, est incendiée et le feu se propage à l’immeuble, intoxiquant cinq résidants. L’un d’eux meurt asphyxié quelques minutes plus tard à l'hôpital.

Paris, le 13ème arrondissement

A partir de cette nuit l’incendiaire cesse de mettre le feu à la petite voiture de plage. C’est la fin de l’histoire. Officiellement, on comptabilise 63 Méharis brûlées et l’auteur n’a jamais été identifié. L’affaire a été classée au rayon des dossiers non résolus.

 Le 9 février 1974, la dernière Méhari incendiée à Paris

Des superflics livrent leur interprétation des faits

Quand, en 2016, un ex-superflic du 36 Quai des Orfèvres et ancien patron du Raid, sort ses mémoires « Dans le secret de l’action » on apprend d’autres détails de l’affaire. Jean-Louis Fiamenghi a été responsable de la sécurité du Pape Benoit XVI lors de sa visite en France, ainsi que du président Obama et il a assuré la protection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il a été en contact avec Arafat, a mis fin à la cavale en Corse d’Yvan Colonna et a été dans le commando qui a tué « l'homme aux mille visages », Jacques Mesrine dans sa BMW verte. On surnomme Fiamenghi « Bébel » et son premier fait d’armes n’a été rien d’autre que cette affaire du pyromane de Méhari à Paris. C’était avant tout une école de patience, il fallait se fondre dans le décor lors des filatures pendant de longues heures. Il découvre aussi que son chef de groupe de l’époque est un ripou, tenté par l’argent, la drogue et autres avantages, comme le commissaire Neyret que « Bébel » a formé plus tard.

Nicolas Sarkozy et superflic Jean-Louis Fiamenghi,
la BMW verte de Mesrine et l'arrestation d'Yvan Colonna en Corse


Mais en ce qui concerne les Méhari, on apprend que finalement le chiffre officiel serait faux, il n’y avait pas seulement 63 voitures de plage qui ont brûlé, mais au moins 90 seulement à Paris. Déjà en octobre 1972 une quinzaine de Méhari étaient parties en fumée dans le 18eme arrondissement sans qu’on retrouve leur incendiaire. Il n’est pas étonnant que les ventes de la Méhari aient brusquement chuté en 1974.

D’autres superflics ont également parlé de l’affaire, tout au début Pierre Ottavioli, commissaire corso-marseillais connu depuis la disparation d'un des principaux opposants socialistes au roi Hassan II ainsi que du chef de file du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste, Mehdi Ben Barka en 1965. Il s’est aussi occupé de l’affaire Marković, un trafiquant de drogue, ancien employé d’Alain Delon. Il a rendu service à l’acteur en tant que garde du corps, secrétaire et chauffeur. Delon s’est séparé de lui après avoir appris que Marković était accessoirement l’amant de Nathalie, son épouse. Le serbe Stévan Marković a été assassiné en 1968, tout laissait penser à un règlement de comptes dans le milieu des stupéfiants. Mais l’affaire a rapidement impliqué la femme du Premier Ministre Pompidou. Selon les rumeurs de l’époque, Claude Pompidou aurait participé à des parties fines dont des photos se trouvaient entre les mains de ce refugié yougoslave devenu criminel, et pourquoi pas maître-chanteur …

 Natahalie Delon et Stévan Marković, Alain Delon avec Mireille Darc au volant d'une Méhari
et Claude et Georges Pompidou à la plage

L’investigation dans l’affaire des Méhari incendiées a été confiée à Pierre Folacci, un des piliers de la PJ de Marseille, dès janvier 1974. C’est finalement à Marseille qu’un suspect s’est autodénoncé. Il a été interpellé mais il s’avéra être un mythomane.

Un second rôle pour Marineland ?

Trois ans et demi plus tard, l’affaire sorts des cold-cases sur la Côte d’Azur, réchauffée par les cendres de l’incendie de deux voitures fin août dans le centre d’Antibes.

En fait, cette voiture de plage réalisée avec une carrosserie plastique en ABS qui ne résistait pas du tout au feu a été conçue par le grand capitaine industriel Roland de la Poype (1920 – 2012) qui a également créé Marineland en 1970 pour faire « connaître la vie des grands animaux marins ».


 Pub pour le berlingot Dop, show à Marineland,
Nicolas Sarkozy remet à Roland de la Poype la Grand'croix de la Légion d'honneur en 2008

Après avoir fondé le pionnier français de l'emballage plastique, la « Société d'Etudes et d'Applications du Plastique » (devenue DuPont Liquid Packaging Systems), Roland de la Poype met le shampooing « Dopal » de L'Oréal, jusqu’ici seulement connu des coiffeurs professionnels, dans un petit berlingot en plastique souple et transparent nommé DOP qui va connaitra à partir des années 50 un énorme succès commercial dans les rayons des drogueries et supermarchés. Vendu à des dizaines de millions exemplaires par an, le petit sachet de shampooing a été proposé à l'unité ou en chapelets multicolores, en bleu, vert, jaune, rouge et violet.

Pour son invention d’une voiture de plage commercialisée par Citroën à partir de 1968, Roland de la Poype, le roi du plastoc, reste dans sa spécialité. Il utilise un polymère résistant, teinté dans sa masse de couleurs psychédéliques, pour mouler la carrosserie sur un cadre en tube d’acier monté sur le châssis, avec la mécanique simple et le moteur à deux cylindres de la Dyane 6.


Une Méhari sur les galets de la plage de la Siesta entre le Fort Carré d'Antibes et Marina Baie des Anges







C’était une voiture « FAF », facile à fabriquer et facile à financer, fortement inspirée de la Baby Brousse ivoirienne ou de La Dalat vietnamienne. Citroën en fabriquera 140.000 exemplaires. Vendue même aux Etats-Unis, c’était presque un succès mondial, mais la voiture n’a pas été homologuée dans certains marchés très importants comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne à cause de la caisse inflammable. Pour ces marchés, des petits constructeurs ont esquissé des copies.


La Dalat vietnamienne et la Baby Brousse ivoirienne

Ainsi la société germano-américaine Fiberfab à Ditzingen, un petit village médiéval dans le sud-ouest de l’Allemagne, a fabriqué d’août 1975 à 1982 un modèle sur la base de la 2 CV qui a été commercialisé en pick-up ou 4 places, avec pare-brise rabattable et un hard-top en option.

Une Fiberfab Sherpa verte et la Namco Pony en bord de mer

La Méhari d’outre-rhin a été nommée « Sherpa », livrée aussi en kit en fibre de verre à monter soi-même, en seulement cinq heures après démontage de l’ancienne caisse de la Deuche. Seulement 250 exemplaires ont été vendus, un échec commercial, car au même moment un des plus importants concessionnaires grecs, Namco, a eu l’idée de lancer le modèle « Pony », basé sur la Dyane 6 et fabriqué dans une nouvelle usine à Thessalonique. Vendue en 1979 à presque 5000 exemplaires, elle a été la voiture la moins chère de Grèce. La Namco Pony a été fabriquée jusqu’en 1983. La Méhari française, elle, a été encore construite jusqu’en 1987.

Sauf qu’en 2018 l’affaire refait surface

Bizarrement, le 6 juillet 2018, donc 50 ans après le lancement de la Méhari, à la sortie de l'école maternelle Jacques-Boissier à deux pas de l’hôpital de la Fontonne à l’est de la ville d’Antibes, un après-midi vers 16 h 30, une Méhari s'est embrasée sur le parking de l’établissement scolaire. Le sinistre soudain et très violent s'est propagé à cinq autres véhicules. La Méhari, appartenant à un parent d'élève, a pris feu de manière accidentelle selon les constats. Plus de peur que de mal, pas de victimes grâce aux policiers municipaux chargés de la circulation qui mirent immédiatement en place un périmètre de sécurité pour permettre aux pompiers d’intervenir rapidement sur l'incendie.

Méhari en feu sur le parking d'une école maternelle à la Fontonne/Antibes, l'église du quartier 


La Maternelle se trouve à seulement quelques pas de la gare de Biot, en bas de Marineland. Ce parc animalier rencontre depuis octobre 2015 d’importantes contestations de la part des défenseurs de la cause animal, après le mort de 20 animaux, dont 5 orques. Des pluies diluviennes ont provoqué cet automne une vague boueuse de deux mètres qui déferlèrent désastreusement sur les bassins de Marineland.


Pamela Anderson manifeste à Antibes contre le parc animalier Marineland

Puis, encore en juillet 2018, une série importante de manifestations contre le parc animalier a eu lieu à Antibes et Nice avec des actions très impressionnants, d’enchaînement, de faux cimetières aux animaux et de flash-mobs. Même la célèbre star américaine Pamela Anderson est venue les soutenir. Mais c’est une tout autre histoire…

Les vraies énigmes

Dans cette affaire, de nombreuses questions se posent. Est-ce qu’il y a un seul ou plusieurs incendiaires, en collaboration ou non ?  Est-ce qu’il existe un lien entre les actes de pyromanie à Paris en 1973/1974 et à Antibes en 1977 ? Quelles sont les motivations : vengeance, perversion, ego… ?

Il n’existe pas de réponses satisfaisantes, pas de certitude. Mais, des décennies après ces évènements, on peut toujours privilégier la même piste que la police a suivi initialement, dès les premiers jours de janvier 1974. Il s’agirait d’un pyromane isolé, donc sans complices. L’incendie des Méharis de Paris a été mis dans un rythme d’environ deux voitures par nuit, le malfaiteur ayant toujours agi à pied. Les actes n’ont jamais été revendiqués ou signés, il n’y a pas de témoignages exploitables, ni d’indices laissés.

Qui en est l’auteur ? Un type vaniteux qui a incendié les voitures pour qu’on parle de lui ? Simplement un fou ou un alcoolique agressif qui chercherait à se venger ? Mais se venger de quoi et de qui ? De Roland de la Poype, le père de la Méhari et de Marineland ?

En général, un homme peut se transformer en criminel par manque ou par trop-plein d'amour...

Difficile de faire un profiling, mais on peut constater que le malfaiteur doit être d’un caractère très discret, organisé et déterminé. Il voulait qu’on parle de ses actes, sans s’en vanter personnellement.

C'est cela l'essentiel : tout ça pour finalement pas grande chose.

Sans revendication nous n’avons pas non plus la moindre idée sur ses vraies motivations. S’agissait-il d’un acte dans l’esprit de mai 68, contre la France bourgeoise, contre une société de surconsommation dont la voiture est un symbole, une attaque écologique de la classe moyenne de l’après-guerre et des Trente Glorieuses ?

Ou tout son contraire ? Même si la voiture a été présentée en mai 68, cela ne s’est pas passé sous les barricades. La voiture de plage, entourée d’une vingtaine de belles mannequins, a été présentée dans l’enceinte du golf de Deauville, un temple de la grande bourgeoisie. Peut-être l’incendiaire préférait-il les berlines classiques et les dames galantes, détestait-il le progrès, la modernité, les filles en jeans ? Et l’apparition de la Méhari aurait été pour lui un sacrilège.

La présentation de la Méhari dans le golf de Deauville en 1968 

Est-ce qu’il y a des raisons très personnelles, comme par exemple la perte d’un proche, sa femme, son enfant, ses parents, dans l’accident d’une Méhari ?

Non, on n’arrivera pas à découvrir ce qui le motivait. Mais quand il est passé de pyromane à homicide, a-t-il alors compris qu’il était allé beaucoup trop loin ? Ou a-t-il quitté Paris pour se cacher, pour refaire sa vie ailleurs ?

Ce qui frappe, c'est qu'il y a une forte probabilité que ce soit le même pyromane de Paris qui a recommencé dans cette nuit du mois d’août 1977 à Antibes. Il y a trop de similitudes, et on sait qu’il n'y a pas deux délinquants qui se ressemblent. On sait seulement qu’après les Méharis en feu à Antibes en 1977, le dossier n’est plus jamais sorti des cold-cases.

Aujourd’hui, des décennies après, il y a prescription. Si l’incendiaire est encore parmi nous, peut-être habite-il à Antibes dans un confortable appartement du centre-ville, ou dans une somptueuse villa du Cap d’Antibes. Il aurait sans doute 68 à 70 ans, même un peu plus, peut-être. On aimerait tellement avoir de vraies explications, ou – au moins - un plaidoyer magistral de sa part qui mériterait d'être lu, analysé et médité... Car personne ne naît délinquant !


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